Benozzo Gozzoli, Le triomphe de saint Thomas d'Aquin, 1471

jeudi 13 janvier 2011

Claude Lorrain, "La campagne romaine"

Claude Lorrain, La campagne romaine, vers 1639.
New York, Metropolitan Museum of Art.





Vous trouverez ici la liste des tableaux et des dessins de Claude Lorrain que nous avons présentés sur ce blog, et que nous avons disposée selon l’ordre chronologique de la vie du peintre :
http://participans.blogspot.fr/2012/07/regards-sur-quarante-tableaux-ou.html

mercredi 12 janvier 2011

Un tableau perdu de Claude Lorrain

            « Le troisième jour, lorsqu’elle eut cessé de prier, elle quitta ses vêtements de suppliante et se revêtit de toute sa splendeur. Ainsi devenue éclatante de beauté, elle invoca le Dieu qui veille sur tous et les sauve. Puis elle prit avec elle deux servantes. Sur l’une, elle s’appuyait mollement. L’autre l’accompagnait et soulevait son vêtement. À l’apogée de sa beauté, elle rougissait et son visage joyeux était comme épanoui d’amour. Mais la crainte faisait gémir son cœur. Franchissant toutes les portes, elle se trouva devant le roi ».

Esther 5, 1-1c.

Claude Lorrain, Esther entrant dans le palais d'Assuérus, 1658.
New York, Metropolitan Museum of Art.


http://www.metmuseum.org/toah/works-of-art/1997.156




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mardi 11 janvier 2011

Un dessin de Claude Lorrain

Claude Lorrain, Arbres, s.d.
Paris, Musée du Louvre.


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lundi 10 janvier 2011

Le testament d'Eudamidas

            Nicolas Poussin était, nous le savons avec certitude, un lecteur assidu de Montaigne ; et chacun se rappelle quel prix le grand Bordelais, fidèle en cela à l’humanisme grec et chrétien, accordait à l’amitié. Aristote y voyait la fin immanente du bien vivre, de manière subordonnée à la contemplation des choses divines, qui en est la fin transcendante.
Au livre premier des Essais, un épisode tiré de Lucien de Samosate nous révèle la nature sublime de ce qui est bien plus qu’un sentiment :

Eudamidas Corinthien avoit deux amis, Charixenus Sycionien, et Aretheus Corinthien : venant à mourir estant pauvre, et ses deux amis riches, il fit ainsi son testament : Je legue à Aretheus de nourrir ma mere, et l'entretenir en sa vieillesse : à Charixenus de marier ma fille, et luy donner le doüaire le plus grand qu'il pourra : et au cas que l'un d'eux vienne à defaillir, je substitue en sa part celuy, qui survivra. Ceux qui premiers virent ce testament, s'en moquerent : mais ses heritiers en ayants esté advertis, l'accepterent avec un singulier contentement. Et l'un d'eux, Charixenus, estant trespassé cinq jours apres, la substitution estant ouverte en faveur d'Aretheus, il nourrit curieusement cette mere, et de cinq talens qu'il avoit en ses biens, il en donna les deux et demy en mariage à une sienne fille unique, et deux et demy pour le mariage de la fille d'Eudamidas, desquelles il fit les nopces en mesme jour[1].

Voici donc un pauvre soldat de Corinthe, qui n’a rien, et qui « lègue » à l’un de ses riches amis sa mère veuve, pour qu’il la nourrisse, et à l’autre sa fille démunie, pour qu’il la dote, demandant à chacun d’assumer l’ « héritage » de l’autre, si celui-ci venait à décéder. C’est ce qui se passa, et le second des héritiers assuma les deux charges qu’il avait reçu en leg.
            Le sens de ce récit est aussi simple que profond. Dans la véritable amitié, si rare, l’ami ne recherche plus son bien, mais celui de l’aimé :

l'union de tels amis estant veritablement parfaicte, elle leur faict perdre le sentiment de tels devoirs, et haïr et chasser d'entre eux, ces mots de division et de difference, bien-faict, obligation, recognoissance, priere, remerciement, et leurs pareils. Tout estant par effect commun entre eux, volontez, pensemens, jugemens, biens, femmes, enfans, honneur et vie : et leur convenance n'estant qu'une ame en deux corps, selon la tres-propre definition d'Aristote, ils ne se peuvent ny prester ny donner rien[2].

Ici, l’aimé est à la dernière extrémité, et il doit pourvoir à une dernière nécessité, celle de procurer le pain quotidien de sa mère et d’empêcher que sa fille ne puisse se marier faute de dot. L’amité fait que celui des deux amis qui survivra à l’aimé s’empresse d’exécuter le testament. C’est alors comme si l’union des cœurs et des volontés, si intime qu’elle a quelque chose de substantiel, survivait à la mort, et c’est pourquoi cet apologue illustre si parfaitement ce qu’est l’amitié.
            Poussin a voulu représenter, dans un tableau peu connu sans doute du grand public, l’instant où les deux amis assistent l’agonisant étendu sur son lit de mort, tandis que l’un d’eux prend note du « testament », et que la mère et la fille semblent abîmées dans le désespoir. L’œuvre est d’autant plus poignante que l’expression des sentiments reste contenue.

Nicolas Poussin, Le Testament d'Eudamidas, entre 1643 et 1644.
Copenhague, Statens Museum for Kunst.
Dans la moitié gauche de la scène, les trois amis forment un triangle, dont l’angle extérieur est occupé par le coussin pâle et la tête du mourant. Les manteaux bleu et jaune des deux légataires et celui d’Eudamidas, écarlate, attirent l’attention par leurs couleurs pures, qui contrastent avec la peau sombre, terreuse déjà, du soldat de Corinthe. Ce petit triangle est lui-même inséré dans un autre, qui structure l’ensemble du tableau, et qui est formé par le sol, la ligne qui remonte du côté inférieur gauche jusqu’au sommet de la toile, au-dessus de l’épée et du bouclier, et qui redescend à droite le long d’une ligne qui passe le long du corps de la fille de l’agonisant. Le sens est très clair : l’union d’amitié qui liait Arétée et Charixène à Eudamidas, et que la mort s’apprête à rompre, survivra aux deux derniers, et se continuera et même s’étendra, en quelque sorte, par les secours qu’Arétée prêtera à la mère et à la fille du défunt. La symbolique des côtés souligne aussi bien la séparation que son dépassement dans l’amour : Eudamidas quitte ce monde à gauche du tableau, et sa fille, qui pourra se marier grâce à la dot que lui donnera Arétée, se trouve à droite.
            Nous retrouvons ici le thème de la participation opérative, qui s’accomplit dans la liberté dont l’amitié est la plus haute réalisation, et qui, pour nous chrétiens, n’est pas détruite, mais plutôt accomplie, par la souffrance et la mort. Cette amitié a nom charité[3].
                 Nos lecteurs trouveront quelques informations complémentaires sur ce tableau ici:


[1] MontaigneEssais, l. I, ch. 27. Cf. Lucien de Samosate, Toxaris ou l’Amitié, in Œuvres complètes, trad. fr. E. Talbot, Paris, Hachette, 1912, n. 22-23 : « Eudamidas de Corinthe avait pour amis Arétée de Corinthe et Charixène de Sicyone. Ces deux derniers étaient riches, tandis qu'Eudamidas était fort pauvre. En mourant, il fit un testament, qui peut paraître ridicule à bien des gens, mais qui, je n'en doute pas, aura l'approbation d'un homme de bien, honorant, comme toi, l'amitié et combattant maintenant pour en obtenir le prix. Ce testament était conçu en ces termes : "Je lègue à Arétée ma mère à nourrir et à soigner dans sa vieillesse ; à Charixène, ma fille à établir avec une dot aussi belle que le lui permettra sa fortune." Or, la mère d'Eudamidas était déjà vieille et sa fille en âge d'être mariée. "Si l'un des deux vient à mourir, ajoutait-il, que l'autre prenne la place du défunt." Quand on fit lecture de ce testament, tous ceux qui connaissaient la pauvreté d'Eudamidas, mais qui ignoraient l'amitié qui le liait à ces deux hommes, s'amusèrent de cette affaire, et s'en allèrent en riant. On disait : "Quel bonheur pour Arétée et pour Charixène de recevoir un si bel héritage et de faire honneur au legs d'Eudamidas ! Vivants, ils ont un mort pour héritier." Mais à peine nos légataires ont-ils connu ce qui leur a été laissé, qu'ils accourent, et demandent la délivrance de leur part de succession. Cependant Charixène meurt cinq jours après : alors Arétée, se montrant le plus généreux des héritiers, prend la part léguée à Charixène. Il nourrit la mère d'Eudamidas, et quelque temps après marie sa fille. De cinq talents qu'il possédait, il en donna deux à celle-ci et deux à sa propre fille, et voulut que leur mariage fût célébré le même jour ».
[2] Montaigne, loc. cit.
[3] Cf. Sum. theol. IIa-IIae, q. 23 a. 1.

dimanche 9 janvier 2011

Dispersion ou concentration de la représentation chez Nicolas Poussin

            En peinture classique, les deux niveaux de sensibles par soi, c’est-à-dire en l’occurrence les couleurs et la figura, sont pensés en fonction d’une réalité intelligible, qui est le sens de l’œuvre, qu’il s’agisse du sens littéral immédiatement déchiffrable par le spectateur cultivé, ou du sens que j’oserais appeler spirituel, et qui est la visée profonde du tableau. Il s’établit ainsi une hiérarchie de significations, au sein de laquelle chaque degré inférieur est ordonné au degré supérieur, et reçoit de lui sa valeur dans l’ensemble. Ici aussi, nous voyons que la notion de participation, à laquelle nous avons dédié ce modeste bloc-notes, éclaire un domaine important de l’activité humaine, celui de la création picturale.
            Nous voudrions illustrer cette thèse chez Nicolas Poussin, dont nous avons déjà mis en ligne plusieurs tableaux. Oskar Bätschmann nous fournit, pour cela, une hypothèse intéressante[1]. Il distingue en effet, dans les débuts de la carrière romaine du peintre, deux genres d’œuvres : celles qui mettent en scène un événement historique, ou supposé tel, et celles qui illustrent un mythe. L’enlèvement des Sabines est un excellent exemple du premier:

Nicolas Poussin, L'Enlèvement des Sabines, 1633 - 1634 environ.
New York, Metropolitan Museum.

En haut à gauche, et au premier plan, nous voyons Romulus, en tunique écarlate, donnant le signal de l’assaut ; symétriquement, la basilique d’Albe élève ses pilastres au fond à gauche. L’esplanade intermédiaire est livrée à la lutte la plus véhémente. On est frappé en particulier par le mouvement centrifuge qui repousse les personnages vers les deux côtés extérieurs, ainsi que par la confusion des figures, dont aucune n’apparaît de façon claire et totale. Mais soulignons, par-dessus tout, qu’aucun élément identifiable ne se laisse voir au centre ; même la vieille femme éplorée et ses deux enfants n'ont aucun rôle significatif au milieu du premier plan, qui est ainsi comme vidé de sens, malgré ou plutôt à cause de la saturation de l’espace.
            À cette dispersion de la figura vers les côtés s’oppose, dans les tableaux de type mythologique, sa concentration au milieu de la perspective, et sa configuration triangulaire, symbole traditionnel de perfection. C’est ce qui apparaît dès le premier regard dans Numa Pompilius et la nymphe Égérie :

Nicolas Poussin, Numa Pompilius et la Nymphe Egérie, entre 1631 et 1633.
Chantilly, Musée Condé.

Le deuxième roi de Rome, dont les emblèmes sont la couronne et le rameau d’olivier, s’approche de la nymphe, qui tient symboliquement une amphore, pour en écouter les conseils. Un troisième personnage - que les spécialistes de Poussin n'ont pas vraiment identifié - joue de la flûte à l’arrière du premier plan, et forme un triangle avec les deux autres. On retrouve les trois couleurs pures, le manteau de la nymphe étant bleu, la tunique du roi jaune, et le vêtement du troisième personnage rouge ; mais Numa Pompilius porte une toge blanche, ce qui évoque le caractère sacré de sa fonction aussi bient que de la rencontre. L’arbre forme comme un demi-cercle protecteur au-dessus de la scène, tandis que l’arrière-plan forme une autre série de triangles qui s’équilibrent mutuellement. Il en résulte une grande harmonie, qui rend bien une forme de sacré qui procède de la nature, à la différence du sacré chrétien, dont nous parlerons une prochaine fois. Signalons encore une analyse de ce tableau un peu sommaire peut-être, mais utile, ici: http://crdp.ac-amiens.fr/chantilly/PDF/Pompilus.pdf .


[1] Cf. O. Bätschmann, Poussin, Dialectiques de la peinture, trad. fr. de C. Brunet, Paris, Flammarion, 1994, 73-82.

Le baptême du Christ vu par Nicolas Poussin

Nicolas Poussin, Le baptême du Christ, 1658.
Philadelphie, Museum of Art.

Il "subsistit" del Vaticano II e la metafisica di Aristotele

                        La necessità e la natura di un’interpretazione metafisica del subsistit con il quale il Magistero conciliare e postconciliare caratterizza il rapporto fra la Chiesa di Cristo e la Chiesa cattolica sono state ottimamente puntualizzate in un testo del filosofo svizzero André de Muralt, che abbiamo scoperto oggi, e che vogliamo condividere con i nostri lettori proponendone una nostra traduzione.

            «Vale la pena notare che è proprio la struttura aristotelica di pensiero, espressa in questi brani del capitolo 4 [del libro Z della Metafisica di Aristotele], che viene adoperata nel testo Dominus Jesus di Josef Ratzinger, Benedetto XVI, per mostrare come la Chiesa di Cristo sussiste (subsistit) nella Chiesa Cattolica e si comunica in maniera partecipata ad ogni altra comunità religiosa[1]. Il che consente di dire ad esempio, rieccheggiando le formule di Aristotele, che la Chiesa di Cristo è “primariamente ed assolutamente” nella Chiesa cattolica e “successivamente”,  “a modo di conseguenza e non in maniera simile”, nelle altre comunità[2], ch’essa è, in un senso, solo nella Chiesa cattolica[3], ma anche, tuttavia, “in qualche modo”, “in maniera simile”, ed “intrinsecamente”[4], nelle altre comunità, nella misura in cui ciascuna di loro aspira alla vera vita divina. E si può del resto dire indifferentemente l’uno o l’altro. – Non si vede che il successore di Pietro possa parlare dell’unità della Chiesa in altra maniera, se vuole evitare sia le rigidità dell’integralismo che il relativismo sentimentale al quale soccombono certe manifestazioni contemporanee dell’“ecumenismo”. Ma si coglie anche bene che ciò che Aristotele dice in maniera formale e scientifica a proposito dell’unità dell’essere, cioè della participazione della sostanza in ogni altra cosa, Benedetto XVI lo dice dell’unità della Chiesa di Cristo in tutti coloro che aspirano ad una vera vita divina, con il tatto, la dolcezza e la misericordia di chi ha per missione di “confermare i suoi fratelli” nell’unità di fede. È questo che dà al testo Dominus Jesus l’andamento di un mirabile commento spirituale all’insegnamento del Vaticano II, e che potrà sembrare paradossale a molti».

André de Muralt,
in Aristotele, Les Métaphysiques, Traduction analytique des livres Γ, Ζ, Θ, Ι, Λ,
a cura di A. de Muralt, Les Belles Lettres, Paris 2010, 414.



[1] Diremmo «cristiana», non semplicemente «religiosa», per ben distinguere fra le partecipazioni all’organismo salvifico della Chiesa da una parte, e la preparatio evangelica presente nelle altre religioni.
[2] Il riferimento è ad Aristotele, Metafisica, Ζ, 4, 1030 a 21-23: «E così come l’“è” si predica di tutte le categorie, ma non nello stesso modo, bensì della sostanza in modo primario, e delle altre categorie in modo derivato, nello stesso modo anche il che cos’è si dice in senso assoluto della sostanza, e in certo qual modo anche delle altre categorie».
[3] Cf. Aristotele, Metafisica, Ζ, 1031 a 10-12: «in un senso, non ci sarà definizione né essenza se non delle sostanze, in un altro senso, invece, ci sarà essenza e definizione anche di altre cose».
[4] Cf. aristotele, Metafisica, Ζ, 1030 b 4-7: «Comunque, è evidente questo: (a) che primariamente e assolutamente la definizione e l’essenza appartengono alle sostanze. (b) Tuttavia, c’è pure definizione e essenza delle altre categorie, ma non in senso primario».

vendredi 7 janvier 2011

Una modesta ipotesi metafisica per una giusta ermeneutica del Vaticano II

            I lettori di questo bloc-notes che leggono il francese avranno visto che abbiamo mandato in linea una prima riflessione sulla metafisica della partecipazione e l’interpretazione del Vaticano II nello spirito, auspicato dal Santo Padre, di una «ermeneutica della riforma nella continuità». Vogliamo abbozzare oggi una ipotesi, in fondo molto semplice, per una recezione globale del corpus conciliare.
            Ora due testi dell’Aquinate, apparentemente lontani dalle tematiche ecclesiologiche, ci sembrano in realtà assai interessanti a questo fine. Il primo si trova verso la fine della Ia pars, nella questione 108 che sistematizza gli ordini angelici utilizzando un criterio di gerarchizzazione metafisica:

in rebus ordinatis tripliciter aliquid esse contingit, scilicet per proprietatem, per excessum, et per participationem.
·         Per proprietatem autem dicitur esse aliquid in re aliqua, quod adaequatur et proportionatur naturae ipsius.
·         Per excessum autem, quando illud quod attribuitur alicui, est minus quam res cui attribuitur, sed tamen convenit illi rei per quendam excessum; sicut dictum est de omnibus nominibus quae attribuuntur Deo.
·         Per participationem autem, quando illud quod attribuitur alicui, non plenarie invenitur in eo, sed deficienter, sicut sancti homines participative dicuntur dii[1].

L’altro testo è desunto dal commento Super Librum De causis, e potrebbe essere l’origine della precedente gerarchia di partecipazione ontologica:

tripliciter aliquid de aliquo dicitur:
·         uno modo causaliter, sicut calor de sole,
·         alio modo essentialiter sive naturaliter, sicut calor de igne,
·         tertio modo secundum quamdam posthabitionem, id est consecutionem sive participationem, quando scilicet aliquid non plene habetur sed posteriori modo et particulariter, sicut calor invenitur in corporibus elementatis non in ea plenitudine secundum quam est in igne.
Sic igitur illud quod est essentialiter in primo, est participative in secundo et tertio; quod autem est essentialiter in secundo, est in primo quidem causaliter et in ultimo participative; quod vero est in tertio essentialiter, est causaliter in primo et in secundo[2].

I due brani si applicano facilmente all’intellettualità, che si trova per proprietatem nelle sostanze separate, perché la loro operazione propria consiste precisamente nell’intelligere in modo intuitivo, senza discorso. In Dio, l’intellettualità è per excessum, perché coincide con lo stesso Esse subsistens, dove non corrisponde più ad una essenza limitata, ma è totalmente immersa nell’infinità dell’essere. Nell’uomo, invece, l’intellettualità si dà soltanto per participationem, perché il nostro conoscere passa attraverso la frammentazione dell’astrazione, nonché della composizione giudicativa ed argomentativa.
            Veniamo al mistero della Chiesa. Ci sembra che questa triplice gerarchia di per eccessum, per proprietatem, per participationem consente al teologo di impostare molto bene il problema ecclesiologico. Infatti:

  • In Cristo, la grazia che è l’anima creata della Chiesa si trova per excessum, come a fortiori, lo Spirito Santo è la sua anima increata[3]. Infatti,  tutta la grazia presente nella vita della Chiesa, a lungo dei secoli, proviene dalla pienezza di grazia propria dell’anima umana del Signore, che la riceve a sua volta dalla sua prossimità ontologica con la sua divinità[4]. In questa grazia capitale si trova, in modo eminente, tutto l’organismo soprannaturale ch’egli diffonde, per virtù dello Spirito Santo, sulla Chiesa nel corso dei secoli, in particolare la grazia abituale[5] ed i caratteri sacramentali[6]. 
  • Nella Ecclesia peregrinans stessa, l’organismo spirituale che la costituisce come tale è posseduto per proprietatem. Ella riceve il suo essere da Cristo Mediatore, come proclama il Vaticano II:
Cristo, unico mediatore, ha costituito sulla terra e incessantemente sostenta la sua Chiesa santa, comunità di fede, di speranza e di carità, quale organismo visibile, attraverso il quale diffonde per tutti la verità e la grazia[7].

Al contempo, questo «organismo visibile» è dotato di una precisa configurazione, composta da più elementi, la cui totalità costituisce, per così dire, il «modulo» o la misura in cui viene comunicata la vita che il Signore manda per mezzo del Suo Spirito:

Sono pienamente incorporati nella società della Chiesa quelli che, avendo lo Spirito di Cristo, accettano integralmente la sua organizzazione e tutti i mezzi di salvezza in essa istituiti, e che inoltre, grazie ai legami costituiti dalla professione di fede, dai sacramenti, dal governo ecclesiastico e dalla comunione, sono uniti, nell'assemblea visibile della Chiesa, con il Cristo che la dirige mediante il sommo Pontefice e i vescovi[8].

Ecco l’«essenza» della Chiesa in terra, considerata come la forma  - ciò che dà forma -  senza la quale l’essere soprannaturale meritatoci e trasmessoci dal Signore non è pienamente costituito.

  • Ma questa Chiesa, senza perdere mai la sua identità, ha subito, nel corso della storia, le ferite degli scismi e delle eresie, peccati che non sono trasmissibili in quanto tale  - solo il peccato originale passa ai posteri -  ma che hanno lasciato dietro di loro delle chiese e comunità cristiane che hanno conservato, in intensità e modalità variabili, soltanto una parte degli strumenti di santificazione presenti in totalità nella sola Chiesa Cattolica. Pertanto
tra gli elementi o beni dal complesso dei quali la stessa Chiesa è edificata e vivificata, alcuni, anzi parecchi ed eccellenti, possono trovarsi fuori dei confini visibili della Chiesa cattolica: la parola di Dio scritta, la vita della grazia, la fede, la speranza e la carità, e altri doni interiori dello Spirito Santo ed elementi visibili. Tutte queste cose, le quali provengono da Cristo e a lui conducono, appartengono a buon diritto all'unica Chiesa di Cristo[9].

Come non riconoscere subito, in questi elementi «che provengono da Cristo e a lui conducono» il fondamento di un’appartenenza per participationem a quella unica Chiesa che ne beneficia per proprietatem? In questa chiave, si deve allora concludere che la celebre formula subsistit rappresenta un autentico progresso dogmatico:

Questa Chiesa, in questo mondo costituita e organizzata come società, sussiste nella Chiesa cattolica, governata dal successore di Pietro e dai vescovi in comunione con lui[10].

La Congregazione per la Dottrina della Fede ha precisato, il 29 giugno 2007, il significato di questa proposizione:

Nella Costituzione dogmatica Lumen gentium 8 la sussistenza è questa perenne continuità storica e la permanenza di tutti gli elementi istituiti da Cristo nella Chiesa cattolica, nella quale concretamente si trova la Chiesa di Cristo su questa terra. Secondo la dottrina cattolica, mentre si può rettamente affermare che la Chiesa di Cristo è presente e operante nelle Chiese e nelle Comunità ecclesiali non ancora in piena comunione con la Chiesa cattolica grazie agli elementi di santificazione e di verità che sono presenti in esse, la parola "sussiste", invece, può essere attribuita esclusivamente alla sola Chiesa cattolica, poiché si riferisce appunto alla nota dell’unità professata nei simboli della fede (Credo…la Chiesa "una"); e questa Chiesa "una" sussiste nella Chiesa cattolica[11].

La nozione di «sussistenza» adoperata qui è di tipo primariamente descrittivo, giacché consiste nella «perenne continuità storica» e nella «permanenza» degli elementi costitutivi della Chiesa fondata da Cristo. Tuttavia, queste due caratteristiche vengono poi collegate alla «nota dell’unità», il che ha già un valore più speculativo, almeno in nuce. Questo ci consente di porre che la sussistenza di cui parla Lumen Gentium può anche essere interpretata come ciò per cui la Chiesa cattolica ha l’essere della Chiesa di Cristo in sé, e non in altro, ricollegandoci allora alla nozione tommasiana di subsistere[12]. In effetti, solo la Chiesa cattolica possiede in modo integrale le note definitorie della Chiesa di Cristo, e può proprio per questo ricevere in modo parimenti integrale l’essere che le spetta. Per contro, questo essere soprannaturale non sussiste nelle chiese e comunità non cattoliche, perché non sono soggetti atti a riceverlo nella sua totalità, quindi nella sua unità[13]. In esse, la Chiesa di Cristo è presente in maniera reale, ma frammentaria, e quindi non propriamente sussistente.

La nostra ipotesi, come si vede, è davvero molto semplice, e tiene in un modesto quadro:




La Chiesa
di Cristo
per excessum
nel suo esemplare increato
Santissima Trinità
nella sua fonte creata
pienezza di grazia
nell’anima di Cristo
per proprietatem
nella sua natura propria
Chiesa cattolica
per participationem
nei suoi elementi non integrali
chiese e comunità
separate

La novità di fondo del Vaticano II sarebbe allora il definitivo superamento di un concetto di Chiesa troppo sociologico, a favore di di una visione molto più organica, ed anche, nonostante tanta «ermeneutica della discontinuità» a tutti i livelli dell’agire ecclesiale, molto più ancorata nella trascendenza del proprio mistero[14], perché centrata su una precisa gerarchia di partecipazione. A causa del mistero d’iniquità, questo prospetto molto profondo è stato travisato da due riduzionismi ideologici in contrasto dialettico fra di loro, il «progressismo» e l’«integralismo». Interessantemente, entrambi disconoscono la metafisica della partecipazione, sia nella sua sede filosofica propria che nella sua applicazione ecclesiologica. Il primo assorbisce tendenzialmente la Chiesa nell’immanenza di una coscienza collettiva anonimamente cristiana, negando la verticalità della partecipazione a favore dell’orizzontalità della condivisione. Perciò, non distingue più fra la Chiesa in senso proprio e le comunità in senso derivato, e propende a misurare il Trascendente con i parametri dell’immanente. All’opposto, l’integralismo, principalmente nelle due correnti uscite dalla piena comunione con la Chiesa (sedevacantisti e lefebvriani dopo il 1988), nega ogni consistenza a ciò che abbiamo chiamato lo stato per participationem della Chiesa, ripiegando su un concetto molto univoco dell’appartenenza ecclesiale, che si dà o non si dà, e dimenticando poi, forse suo malgrado, che l’essenza della Ecclesia peregrinans è fatta solo per accogliere in pienezza l’essere che le viene dal suo Signore. Ambedue queste correnti sostengono una «ermeneutica della discontinuità», anche se di segno opposto, e tendono a vedere nel Vaticano II anzitutto un evento storico. E se invece, dietro il clamore della storia, ci fosse l’azione dello Spirito Santo, che permette alla Chiesa di approfondire la propria indole?


[1] ST I, q. 108 a. 5c.
[2] Super Librum De causis, lc. 12.
[3] Cf. Scriptum super libros Sententiarum III, d. 13 q. 2 a. 2 ql.a 2c: «Spiritus Sanctus, qui est ultima perfectio et principalis totius corporis mystici, quasi anima in corpore naturali» ; Collatio in Symbolum Apostolorum, a. 9: «Ecclesia catholica est unum corpus, et habet diversa membra. Anima autem quae hoc corpus vivificat, est Spiritus Sanctus».
[4] Cf. ST III, q. 7 a. 9-11 e 13.
[5] Cf. ST III, q. 8 a. 1.
[6] Cf. ST III, q. 22 a. 1 ad 1 e ad 3; q. 63 a. 3c.
[7] Lumen Gentium, n. 8.
[8] Lumen Gentium, n. 14.
[9] Unitatis Redintegratio, n. 3. Cf. Lumen Gentium, n. 8: «ancorché al di fuori del suo organismo si trovino parecchi elementi di santificazione e di verità, che, appartenendo propriamente per dono di Dio alla Chiesa di Cristo, spingono verso l'unità cattolica».
[10] Lumen Gentium, n. 8. Formule di stesso valore in Unitatis Redintegratio, n. 4: «in quella unità dell'unica Chiesa che Cristo fin dall'inizio donò alla sua Chiesa, e che crediamo sussistere, senza possibilità di essere perduta, nella Chiesa cattolica»; Dignitatis Humanae, n. 1: « Questa unica vera religione crediamo che sussista nella Chiesa cattolica e apostolica».
[11] «Responsa ad quaestiones de aliquibus sententiis ad doctrinam de Ecclesia pertinentibus», in Acta Apostolicae Sedis 99 (2007), 604-608.
[12] Cf. ad esempio CG IV, c. 11 n. 13 (Marietti n. 3473): «[Deo] convenit enim ei non esse in aliquo, inquantum est subsistens».
[13] Pensiamo quindi che il lemma subsistit di LG 8 è suscettibile di un’ermeneutica metafisica, a condizione di cogliere la sua analogicità. Perciò non condividiamo la dialettica che B.-D. de La Sougeole instaura fra il senso scolastico (come se tutti gli scolastici avessero avuto lo stesso concetto di subsistere) ed il senso usuale di subsistit in «Vocabulaire et notions à Vatican II et dans le magistère postérieur», in Revue thomiste 110 (2010), 261-263.
[14] In effetti, leggiamo in Lumen Gentium, n. 8: «Ma la società costituita di organi gerarchici e il corpo mistico di Cristo, l'assemblea visibile e la comunità spirituale, la Chiesa terrestre e la Chiesa arricchita di beni celesti, non si devono considerare come due cose diverse; esse formano piuttosto una sola complessa realtà risultante di un duplice elemento, umano e divino».

dimanche 2 janvier 2011

Une autre "Sainte Famille" de Nicolas Poussin

Voici le tableau dont nous avons présenté l'esquisse dans le message précédent.


Nicolas Poussin, La sainte Famille avec saint Jean-Baptiste et sainte Elisabeth, 1650 - 1651.
Cambridge (Massachusetts), Harvard Art Museum.

Nicolas Poussin, La Sainte Famille : deux dessins du Louvre

Nicolas Poussin, Sainte Famille à l'escalier. Paris, Musée du Louvre.

Nicolas Poussin, Sainte Famille au bassin. Paris, Musée du Louvre.

samedi 1 janvier 2011

La sainte Famille, prémices de l'humanité sauvée, dans un tableau de Poussin

En forme de commentaire pictural au message précédent : les Sainte Famille de Nicolas Poussin anticipent la réconciliation des élus avec Dieu et avec la nature qui adviendra au Ciel.


Nicolas Poussin, La sainte Famille avec saint Jean-Baptiste et sainte Elisabeth, 1650.
Paris, Musée du Louvre.

L'herméneutique de Vatican II et la métaphysique de la participation, 1

            Participatio : ce bloc-notes a pour titre et pour dessein la notion de participation, dont nous essayons d’explorer les implications dans tous les domaines de la connaissance, d’abord en son lieu propre, qui est la métaphysique thomasienne de l’esse, et aussi, comme nous l’avons fait ces derniers temps, en esthétique. Or il va de soi que cette même notion possède une valeur architectonique en théologie. En ce premier jour de la nouvelle année, nous voudrions proposer à nos lecteurs le thème de la participation dans les documents de Vatican II, et attirer leur attention sur l’importance qu’il pourrait avoir pour « l’herméneutique de la réforme, du renouveau dans la continuité de l’unique sujet-Église », souhaitée par Benoît XVI dans son célèbre discours à la Curie du 22 décembre 2005. La notion de participation nous semble aussi présente, et centrale, dans les textes, qu’absente de bien des réflexions sur le Concile, et notamment chez les fauteurs des différentes « herméneutiques de la discontinuité et de la rupture ». Commençons, aujourd’hui, par un bref inventaire de quelques textes.
            La constitution dogmatique Lumen Gentium s’ouvre sur le rappel de l’origine trinitaire du mystère de l’Église : « Ainsi l’Église universelle apparaît-elle comme “ un peuple rassemblé dans l’unité du Père, du Fils et de l’Esprit-Saint[1] ”». Or le rôle qui revient par appropriation à chacune des Personnes divines dans l’appel qui institue, de génération en génération, l’Église, est exprimé en termes de participation. C’est explicite pour le Père :

Par une disposition tout à fait libre et mystérieuse de sa sagesse et de sa bonté, le Père éternel a créé l’univers. Il a voulu élever les hommes jusqu’à la participation à la vie divine (ad participandam vitam divinam). Et une fois qu’ils eurent péché en Adam, il ne les abandonna pas ; sans cesse il leur offrit des secours pour leur salut en considération du Christ rédempteur, “ qui est l’image du Dieu invisible, le premier-né de toute créature ” (Col. 1, 15)[2].

En ce qui concerne la mission du Verbe Incarné, la notion de filiation adoptive, qui lui est liée, contient évidemment celle de participation :

Le Fils est donc venu, envoyé par le Père qui nous a choisis en lui dès avant la création du monde et nous a prédestinés à être ses enfants adoptifs, parce qu’il lui a plu tout réunir en lui (cf. Eph. 1, 4-5 et 10)[3].

Dans cette lumière, les termes de « sanctifier » et de donner « accès au Père », qui sont attribués à l’Esprit-Saint, ne sauraient se comprendre autrement que comme un « rendre participant à la sainteté divine » et un « avoir part au Père » :

Une fois accomplie l’œuvre que le Père avait donné à faire au Fils sur la terre (cf. Jn 17, 4), l’Esprit-Saint fut envoyé le jour de la Pentecôte, afin de sanctifier l’Église en permanence et qu’ainsi les croyants aient par le Christ, en un seul Esprit, accès auprès du Père (cf. Eph. 2, 18)[4].

L’autre constitution dogmatique, dédiée à la Révélation, commence de manière très proche, et ne manque pas de citer la deuxième épître de saint Pierre qui évoque notre participation à la nature divine :

Il a plu à Dieu, dans sa bonté et sa sagesse, de se révéler lui-même et de faire connaître le mystère de sa volonté (cf. Eph. 1, 9) : par le Christ, Verbe fait chair, les hommes ont, dans le Saint-Esprit, accès auprès du Père, et deviennent participants de la nature divine (divinae naturae consortes efficiuntur, cf. Eph. 2, 18 ; II Pet. 1, 4). Ainsi par cette révélation, provenant de l’immensité de sa charité, Dieu, qui est invisible (cf. Cf. Col. 1, 15 ; I Tim. 1, 17), s’adresse aux hommes comme à des amis (cf. Ex. 33, 11 ; Jn 15, 14-15), et converse avec eux (cf. Bar. 3, 38) pour les inviter à entrer en communion avec lui et les recevoir en cette communion (cum eis conversatur, ut eos ad societatem Secum invitet in eamque suscipiat)[5].

En bref, le mystère de l’Église, c’est celui de la participation à la plénitude qui est dans le Verbe, et « dont nous avons tous reçu » (Jn 1, 16). On ne saurait insister suffisamment sur cette dépendance constitutive du mystère de l’Église par rapport à celui de la vie trinitaire, qui nous est communiquée et révélée en Jésus-Christ. Le fait que le Concile place ce rapport de participation en tête de ses deux constitutions dogmatiques aurait dû, et doit toujours conduire à situer l’ensemble des textes conciliaires dans cette perspective. La continuité nécessaire dans l’herméneutique des textes apparaît ainsi comme la continuité entre les missions du Fils et de l'Esprit-Saint d’une part, et la tâche de l’Église d’autre part.
            Après un exposé préliminaire, le chapitre premier de la constitution pastorale Gaudium et spes décrit la « dignité de la personne humaine », qui a vocation à être ou à devenir membre de l’Église et qui est le destinataire de la Révélation divine. Le texte conciliaire souligne la transcendance de l’homme par rapport aux réalités physiques, sous les deux dimensions de la connaissance et de la liberté :

Participant à la lumière de l’intelligence divine, l’homme a raison de penser que, par sa propre intelligence, il dépasse l’univers des choses. […] Car l’intelligence ne se borne pas aux seuls phénomènes ; elle est capable d’atteindre, avec une authentique certitude, la réalité intelligible, en dépit de la part d’obscurité et de faiblesse que laisse en elle le péché[6].

Au fond de sa conscience, l’homme découvre la présence d’une loi qu’il ne s’est pas donnée lui-même, mais à laquelle il est tenu d’obéir. Cette voix, qui ne cesse de le presser d’aimer et d’accomplir le bien et d’éviter le mal, au moment opportun résonne dans l’intimité de son cœur : “ Fais ceci, évite cela ”. Car c’est une loi inscrite par Dieu au cœur de l’homme ; sa dignité est de lui obéir, et c’est elle qui le jugera (Rm 2, 14-16)[7] .

Le sujet qui est appelé à participer à la vie divine y est donc prédisposé parce qu’il est une personne  - qu’un thomiste définit comme distinctum subsistens in natura intellectuali[8] -, qui participe déjà par nature à l’intelligence divine et à une loi qui ne vient pas de lui. Il faut souligner ici la verticalité de l’esprit humain, dont la lumière intellectuelle provient de Dieu, et dont la conscience morale est normée par ce même Dieu. Seul parmi les créatures visibles, l’homme est ainsi constitué imago Dei :

La Bible en effet enseigne que l’homme a été créé “ à l’image de Dieu ”, capable de connaître et d’aimer son Créateur, qu’il a été constitué Seigneur de toutes les créatures terrestres (Cf. Gen. 1, 26 ; Sag. 2, 23) pour les dominer et pour s’en servir, en glorifiant Dieu (Cf. Eccli. 17, 3-10)[9]

C’est donc parce que la nature humaine participe à la spiritualité divine que la Trinité a pu l’inviter à participer à sa vie intime. Nous sommes ainsi des participants appelés à une participation supérieure et définitive, qui comblera toutes les attentes de notre nature :

la vocation dernière de l’homme est réellement unique, à savoir divine[10].

De cette anthropologie fondée sur la participation, le Concile tire une conséquence qui a suscité beaucoup de remous, celle du « droit à la liberté religieuse », qui est devenu la pierre angulaire de la doctrine catholique sur le rapport entre les religions et l’État. Dans l’optique qui est ici la nôtre, nous voudrions mettre avant tout en évidence le lien entre ce droit et la participation naturelle de l’homme à la loi divine :

Tout ceci [c’est-à-dire le droit à la liberté religieuse et son fondement] est plus clairement manifeste encore à qui prend considération que la norme objective de la vie humaine est la loi divine elle-même, éternelle, objective et universelle par laquelle Dieu, dans son dessein de sagesse et d’amour, règle, dirige et gouverne le monde entier et dispose les voies de la communauté humaine. De cette loi qui est sienne, Dieu rend l’homme participant de telle sorte que par une heureuse disposition de la providence divine, celu-ci puisse toujours davantage accéder à l’immuable vérité. C’est pourquoi chacun a le devoir, et par conséquent le droit, de chercher la vérité en matière religieuse afin de se former prudemment, un jugement de conscience droit et vrai, en employant les moyens appropriés. […] En outre, par nature, les actes religieux par lesquels, en privé ou publiquement, l’homme s’ordonne à Dieu en vertu d’une décision personnelle, transcendent l’ordre terrestre et temporel des choses[11].

La transcendance de l’esprit par rapport aux réalités physiques fonde ici la transcendance des actes religieux, immanents à la conscience aussi bien qu’extériorisés, par rapport au domaine d’action de l’État, qui concerne le bien commun temporel, mais non pas les destinées éternelles de la personne.
            Résumons les deux acquis fondamentaux de ce premier sondage dans les documents conciliaires.

  1. L’homme y apparaît comme la créature visible de Dieu qui transcende ce que les Anciens appelaient la fÚsij, parce que, par nature déjà, son intelligence participe à la lumière divine, et sa conscience, c’est-à-dire son intellect en tant que pratique, à la loi divine. Cette participation première le situe, en matière religieuse, au-dessus de l’autorité de l’État, et surtout le constitue imago Dei.
  2. Mais l’homme a été créé, dans le dessein du Père, pour une participation plus profonde, dont le terme participé n’est autre que la vie trinitaire elle-même, et c’est en cela que consiste la bonne nouvelle que le Christ annonce et qu’Il est.
Voici donc établis le participant premier, l’homme créé à l’image et à la ressemblance de Dieu, et le participé ultime, ce même Dieu Trinité vu par l'homme au ciel, dans le face à face de la vision béatifiante. Entre les deux, il y a l’Ecclesia peregrinans, dont nous traiterons une prochaine fois.


[1] Lumen Gentium [= LG] n. 4, citant saint Cyprien.
[2] LG, n. 2. C’est nous qui soulignons.
[3] LG, n. 3.
[4] LG, n. 4.
[5] Dei Verbum (= DV), n. 2.
[6] Gaudium et spes (= GS), n. 15, § 1.
[7] GS, n. 16.
[8] Scriptum super libros Sententiarum I, dist. 23, art. 4, c.
[9] GS, n. 12, § 3.
[10] GS, n. 22, § 5.
[11] Dignitatis humanae [= DH], n. 3.