Benozzo Gozzoli, Le triomphe de saint Thomas d'Aquin, 1471

vendredi 30 mai 2014

« Le Misanthrope » de Pierre Bruegel le Vieux

               Sans méconnaître le talent des Caravage et des Bruegel, nous n’apprécions guère leur esthétique, dont le naturalisme reste étranger à ce que nous appelons le « classicisme essentiel », plus large que les classicismes historiques. Nous ferions pourtant une exception pour le tableau de Pierre Bruegel le Vieux intitulé « Le Misanthrope ». On y voit un vieillard encapuchonné dans un vaste manteau bleu nuit, de constitution plutôt leptosome, cheminant dans le plat pays, tandis qu’un enfant fou d’allure nettement picnique, au sourire stupide et aux vêtements déchirés, lui dérobe sa bourse, qui a la forme étrange d'un cœur. Au devant du vieillard sont des clous, un trou, et un arbre déraciné: il va au devant d'une chute, puis de la mort, après que le monde lui aura dérobé son principe vital. Plus qu’un misanthrope, le personnage principal de cette scène n'évoquerait-il pourtant pas le sage qui, ayant compris la folie de ce monde, y passe sans plus prêter attention, sachant parfaitement que, bientôt, la malice et la bêtise des hommes auront raison de sa vie. Cette sagesse est-elle encore loin de celle du Fils de l’homme, qui mourut cloué sur la Croix ? Pas davantage, à notre sens, que celle de Job.
 
Pierre Bruegel le Vieux, Le Misanthrope, 1568,
Naples, Musée de Capodimonte.

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