Benozzo Gozzoli, Le triomphe de saint Thomas d'Aquin, 1471

vendredi 20 mai 2011

Claude Lorrain, « Paysage avec le Christ sur la route d’Emmaüs »

            Et voici que, ce même jour, deux d’entre eux faisaient route vers un village du nom d’Emmaüs, à soixante stades de Jérusalem, et ils s’entretenaient de tout ce qui s’était passé. Or, tandis qu’ils devisaient et discutaient ensemble, Jésus en personne s’approcha et fit route avec eux ; mais leur yeux étaient empêchés de le reconnaître. […]
Alors il leur dit : « Esprits sans intelligence, lents à croire tout ce qu’on annoncé les Prophètes ! Ne fallait-il pas que le Christ endurât ces souffrances pour entrer dans gloire ? » Et, commençant par Moïse et parcourant tous les Prophètes, il leur interpréta dans toutes les Écritures ce qui le concernait.
Quand ils furent près du village où ils se rendaient, il fit semblant d’aller plus loin. Mais ils le pressèrent en disant : « Reste avec nous, car le soir tombe et le jour déjà touche à son terme ». Il entra donc pour rester avec eux[1].

            Pour représenter ici cette apparition du Christ ressuscité, Claude Gellée a choisi l’instant précis où les deux disciples, parvenus aux abords d’Emmaüs, prient Jésus de rester avec eux, « car le soir tombe » : Mane nobiscum Domine, quoniam advesperascit. De fait, l’enceinte du village, flanquée de quelques tours, se dresse sur la gauche du tableau, tandis que la route qui conduit à l’entrée, invisible pour le spectateur, dessine un angle arrondi au premier plan, devant deux édifices anciens à colonnades, une autre tour, un petit pâturage, et surtout un petit bosquet qui divise verticalement l’espace en deux moitiés, l’une presque plongée, déjà, dans l’obscurité, et l’autre qui laisse voir une belle échappée sur le ciel et une campagne bleutée, toute semblable, bien sûr, à celle des environs de Rome. Le Christ et les deux pèlerins occupent le centre inférieur de la scène, la main droite de Jésus étant exactement levée sur l’axe vertical. Le Seigneur est vêtu de bleu, de blanc, et de jaune orange dans la partie inférieur, couleurs célestes, tandis que les pèlerins sont en rouge et en vert-marron, couleurs de terre.
            Le jeu de la lumière révèle le sens supérieur de l’œuvre. Les derniers feux du soleil couchant, qui reste dissimulé, illuminent le buste et la tête du Christ, et projettent un cercle de lumière à proximité. La nature, œuvre de Dieu, s’apprête à plonger dans le repos nocturne, tandis que les bâtiments, œuvre de l’homme, sont empreints de vétusté ; or le sommeil de la nature et l’usure des choses sont autant de symboles de la mort, à laquelle le Christ n’est plus soumis, et dont il délivre ceux qui croient en lui. Dans ce tableau en contre-jour, la clarté apollinienne cède ainsi la place à une lumière supérieure, qui n’éclaire que les disciples animés par la foi.

Claude Lorrain, Paysage avec les pèlerins d'Emmaus, 1660.
Saint-Pétersbourg, Musée de l'Ermitage.



Vous trouverez ici la liste des tableaux et des dessins de Claude Lorrain que nous avons présentés sur ce blog, et que nous avons disposée selon l’ordre chronologique de la vie du peintre :
http://participans.blogspot.fr/2012/07/regards-sur-quarante-tableaux-ou.html

[1] Lc 24, 13-16 ; 25-29.

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